Pressons : M. Caillois n’est pas encore au bout de son palmarès. L’heure américaine. Bescherelle 1: La conjugaison: dictionnaire de douze mille verbes N / A. Hardcover. AIMÉ CESAIRE – DISCOURS SUR LE COLONIALISME – TEXTE INTÉGRAL – socialgerie. Traduit en patois journalistique, on obtient du Faguet : « Le Barbare est de même race, après tout, que le Romain et le Grec. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler. L’idée du nègre barbare est une invention européenne. Et balaie-moi tous les obscurcisseurs, tous les inventeurs de subterfuges, tous les charlatans mystificateurs, tous les manieurs de charabia. ». il oppose des actions violentes et criminelles commises dans les colonies, l'exploitation des peuples et le pillage des ressources. M. Caillois n’identifie pas autrement l’ennemi. Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent, mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges. Życiorys. Pensez donc ! Aimé Césaire, dans cette édition, a choisi de mettre en exergue, cette phrase du dirigeant communiste : « Le colonialisme, cette honte du XXe siècle ». - Peuh ! Si nettement, si démentiellement imaginaire, qu’il n’est pas interdit de parler d’ingratitude monstrueuse, selon le type classique du Fidjien qui brûle le séchoir du capitaine qui l’a guéri de ses blessures. _____ AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS sur le COLONIALISME, en 1950 J’ai dit qu’il y a des vues juste dans le livre de M. Gourou : « Le milieu tropical et les sociétés indigènes, écrit-il, dressant le bilan de la colonisation, ont souffert de l’introduction de techniques mal adaptées, des corvées, du portage, du travail forcé, de l’esclavage, de la transplantation des travailleurs d’une région dans une autre, de changements subits du milieu biologique, de conditions spéciales nouvelles et moins favorables. Il parait que c’est la constatation que se confient tout bas les stratèges américains. Ils ne la désirent pas, ils ne la revendiquent pas. Que seul l’Occident sait penser ; qu’aux limites du monde occidental commence le ténébreux royaume de la pensée primitive, laquelle, dominée par la notion de participation, incapable de logique, est le type même de la fausse pensée. Ce n’est pas une société morte que nous voulons faire revivre. Chose significative : ce n’est pas par la tête que les civilisations pourrissent. Dans la Tragédie du roi Christophe l’auteur met en valeur la soumission de la femme et un racisme latent, tout comme une envie d’égalité des « races ». Elle a sapé les civilisations, détruit les patries, ruiné les nationalités, extirpé « la racine de diversité ». On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. On a cru n’abattre que des Indiens, ou des Hindous, ou des Océaniens, ou des Africains. Salaires décents ! C’est d’abord par le cœur. Et le silence se fait profond comme un coffre-fort ! ». [4] Pas mauvais diable au fond, come la suite l’a prouvé, mais déchaîné ce jour-là. Or, la vie qui révolte nos travailleurs rendrait heureux un Chinois, un fellah, êtres qui ne sont nullement militaires. Ils assiégeaient le Haut- Commissariat, assurant que, si on leur accordait le sang de quelques innocents, « tout le monde serait satisfait ». Agrémentée d’existentialisme, les résultats sont étonnants : les lieux communs les plus éculés vous sont ressemelés et remis à neuf ; les préjugés les plus absurdes, expliqués et légitimés ; et magiquement les vessies vous deviennent des lanternes. L’auteur a alors pris position pour le pays du Maghreb et contre l’oppression coloniale. Plus de crise sociale ! Revenons plutôt en arrière. Ce serait un crime de lèse-humanité, de la part du colonisateur, d’émanciper les races primitives de ce qui est valeureux, de ce qui constitue un noyau de vérité dans leur pensée traditionnelle, etc. » Décidément, M. Caillois est en bonne compagnie. Je vois moins bien ce qu’elle a apporté. AIMÉ CESAIRE – DISCOURS SUR LE COLONIALISME – TEXTE INTÉGRAL – socialgerie. [1]. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. Le langage est maîtrisé. La colonisation reposait ainsi sur une hiérarchie, grossière assurément, mais vigoureuse et nette. Des historiens ou des romanciers de la civilisation (c’est tout un), non de tel ou tel, de tous ou presque, leur fausse objectivité, leur chauvinisme, leur racisme sournois, leur vicieuse passion à dénier aux races non blanches, singulièrement aux races mélaniennes, tout mérite, leur monomanie à monopoliser au profit de la leur toute gloire. More items to explore. À propos du Discours sur le colonialisme de Césaire Vendredi 17 Avril 2009 Césaire a été un élu communiste, un militant communiste durant une décennie, de 1945 à 1956. Il vaut la peine de suivre quelques-uns de ces messieurs. Allons donc ! Ce n’est pas davantage la société coloniale actuelle que nous voulons prolonger, la plus carne qui ait jamais pourri sous le soleil. Il prête des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse les méchants, relève les victimes. Dans la Tragédie du roi Christophe l’auteur met en valeur la soumission de la femme et un racisme latent, tout comme une envie d’égalité des « races ». Et puisque aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres. Discours sur le colonialisme. De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour doutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes. Eh bien, la voilà, la supériorité de l’Occident : « Cette discipline de vie qui s’efforce d’obtenir que la personne humaine soit suffisamment respectée pour qu’on ne trouve pas normal de supprimer les vieillards et les infirmes. Moi, je parle d’économies naturelles, d’économies harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières. Le Discours sur le colonialisme … d’Aimé Césaire publié pour la première fois par Réclame, maison d’édition liée au Parti communiste français, le 7 juin 1950, avec une préface de Jacques Duclos. Discours sur le colonialisme (1950) URL de cet article 27767 ... On peut actualiser le texte en remplaçant Adenauer par Merkel, Bidault par Hollande et Schuman (ex-ministre de Pétain) par qui on voudra. [8] Les Carnets de Lucien Lévy-Bruhl, Presses Universitaires de France, 1949. Intense motif de jubilation, n’est-il pas vrai ? La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise, d’une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d’honneur ; gouvernez-la avec justice, en prélevant d’elle, pour le bienfait d’un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre ; soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l’ordre ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. Des empires soudanais ? C’est un cousin. Aimé Césaire en 2003 Aimé Césaire (1913-…) homme politique martiniquais fut de 1946 à 1993 député à l’Assemblée nationale française. Aimé Césaire, poète et homme politique, a été maire de Fort de France (1945-2001), et député de la Martinique (1945-1993) ; il a obtenu la départementalisation de la Martinique en 1946. Pensez donc ! Five years earlier, in 1945, black people from around the Que l’Occident a inventé la science. Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine. Contact | Les routes ! Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper. Elles réservaient, intact, l’espoir. La force du texte repose sur la puissance oratoire du discours. Or donc, apprenez que la pensée bantoue est essentiellement ontologique ; que l’ontologie bantoue est fondée sur les notions véritablement essentielles de force vitale et de hiérarchie de forces vitales : que pour le Bantou enfin l’ordre ontologique qui définit le monde vient de Dieu [6] et, décret divin, doit être respecté... Admirable ! », C’est clair, pour M. Yves Florenne, c’est le sang qui fait la France et les bases de la nation sont biologiques : « Son peuple, son génie sont faits d’un équilibre millénaire, vigoureux et délicat à la fois et... certaines ruptures inquiétantes de cet équilibre coïncident avec l’infusion massive et souvent hasardeuse de sang étranger qu’elle a dû subir depuis une trentaine d’années. Je le constate, et c’est tout. Aucune surprise possible. De convenir de ce qu’elle n’est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes. Plus de boulevard. Dans ce pamphlet anti-colonial, Césaire refuse l’équation des colonialistes : « colonisation = civilisation » et répond par une nouvelle équation. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Tout le monde y gagne : grandes compagnies, colons, gouvernement, sauf le Bantou, naturellement. Savoir l’apparition du rationalisme ou sein de l’Islam à une époque où la pensée occidentale avait l’allure furieusement prélogique. Mais alors, je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Colonization rips the soul out of both, driving the colonizers to violence and race hatred, … C’étaient des sociétés pas seulement antécapitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anticapitalistes. En tout cas, l’Europe, maîtresse des rites. Et les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous frisselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Aérolithe littéraire ? quatre-vingt-dix mille morts à Madagascar ! » « Monsieur Gourou, c’est très grave ! Né en 1913 à la Martinique, il est mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France. Quand l’empire romain, en grandissant, entreprit de conquérir et de détruire ces corps de nations, les sophistes éblouis crurent voir, au bout de ce chemin, l’humanité triomphante dans Rome. Et n’essaie pas de savoir si ces messieurs sont personnellement de bonne ou de mauvaise foi, s’ils sont personnellement bien ou mal intentionnés, s’ils sont personnellement, c’est-à-dire dans leur conscience intime de Pierre ou Paul, colonialistes ou non, l’essentiel étant que leur très aléatoire bonne foi subjective est sans rapport aucun avec la portée objective et sociale de la mauvaise besogne qu’ils font de chiens de garde du colonialisme. Read texts from A Tempest and join the Genius community of scholars to learn the meaning behind the words. Je sais tout ce qu’il y a de fallacieux dans les parallèles historiques, dans celui que je vais esquisser notamment. Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. parlons-en des nègres ! Je lui sais presque gré de s’exprimer et de paraître au grand jour, signe. Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. » Et c’est signé Psichari-soldat-d’Afrique. De la sculpture Shongo ? Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler. On avait fait des feux de salve-deux ! Il parait que c’est la constatation que se confient tout bas les stratèges américains. « Alors la grande tuerie avait commencé. Aimé Césaire Discours sur le colonialisme Césaire, Cahier--, Discours--Responsibility: Claudine Richard. M. Caillois n’a jamais mangé personne ! Devant elles n’avaient de sens, ni le mot échec, ni le mot avatar. J’ai beaucoup parlé d’Hitler. La bourgeoisie, en tant que classe, est condamnée, qu’on le veuille ou non, à prendre en charge toute la barbarie de l’histoire, les tortures du Moyen-Age comme l’inquisition, la raison d’état comme le bellicisme, le racisme comme l’esclavagisme, bref, tout ce contre quoi elle a protesté et en termes inoubliables, du temps que, classe à l’attaque, elle incarnait le progrès humain. La grande trahison de l’ethnographie occidentale, laquelle, depuis quelque temps, avec une détérioration déplorable du sens de ses responsabilités, s’ingénie à mettre en doute la supériorité omni latérale de la civilisation occidentale sur les civilisations exotiques. Barde assurer que les biens de ce monde, « s’ils restaient indéfiniment répartis, comme ils le seraient sans la colonisation, ne répondraient ni aux desseins de Dieu, ni aux justes exigences de la collectivité humaine » ? Discours sur le colonialisme Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. C’étaient des sociétés démocratiques, toujours. Cette attitude, humainement déshonorante, était fondée sur une aperception assez juste en gros des troubles émotionnels que traversait la population des hauts plateaux. Nous laissons cela aux amateurs d’exotisme. ». La vérité est que j’ai dit toute autre chose : savoir que le grand drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industrie les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est « propagée » ; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire. Discours Sur Le Colonialisme,Aimé Césaire ... 9_Comme autres textes il y a : Aimé Césaire, La Tragédie de roi Christophe Et Cahier d’un retour au pays natal. This version published by Monthly Review Press: New York and London, 1972. Si l’Europe ne galvanise les cultures moribondes ou ne suscite des cultures nouvelles ; si elle ne se fait réveilleuse de patries et de civilisations, ceci dit sans tenir compte de l’admirable résistance des peuples coloniaux, que symbolisent actuellement le Viet-Nam de façon éclatante, mais aussi l’Afrique du R.D.A., l’Europe se sera enlevé à elle-même son ultime chance et, de ses propres mains, tiré sur elle-même le drap des mortelles ténèbres. On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. PRÉSENSE AFRICAINE, 1989, p. 11-12 : Cahier, Discours sur le colonialisme: Aimé Césaire (Unknown Binding) Published July 11th 2000 by Editions Nathan Unknown Binding, 127 pages Author(s): Aimé Césaire. Au premier il fait reproche d’avoir écrit, dans sa brochure, La Question raciale devant la Science moderne : Il est puérile de vouloir hiérarchiser la culture. Bien entendu, l’humanisme ne perd point ses droits (nous sommes en Occident), mais entendons-nous : « Ce n’est pas en se perdant dans l’univers humain avec son sang et son esprit, que la France sera universelle, c’est en demeurant elle-même. Mais descendons encore d’un degré. Il n’y a plus que des crises raciales ! La candeur de Léon Bloy s’indignait jadis que des escrocs, des parjures, des faussaires, des voleurs, des proxénètes fussent chargés de « porter aux Indes l’exemple des vertus chrétiennes ». On s’étonne, on s’indigne. Ceux qui en font rubis sur l’ongle, n’y mettant jamais d’eau. ». Vrai ou pas vrai ? On veut s’assurer qu’un meilleur sort sera réservé à M. Caillois, qui, pour défendre la même cause sacrée, transforme sa plume en bonne dague de Tolède. Alors, chers amis, de ce côté-ci, attention ! Seulement, attention ; il importe qu’il soit bien entendu que cette tolérance, nègres, Juifs, Australiens, la doivent, non à leurs mérites respectifs, mais à la magnanimité de M. Caillois, non à un diktat de la science, laquelle ne saurait offrir de vérités qu’éphémères, mais à un décret de la conscience de M. Caillois, laquelle ne saurait être qu’absolue ; que cette tolérance n’est conditionnée par rien, garantie par rien si ce n’est par ce que M. Caillois se doit à lui- même. Mais, bah ! Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. De ceci que jamais l’Occident, dans le temps même où il se gargarise le plus du mot, n’a été plus éloigné de pouvoir assumer les exigences d’un humanisme vrai, de pouvoir vivre l’humanisme vrai - l’humanisme à la mesure du monde. Et puisque aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres. Ceux-ci ont de plus grandes capacités qui d’ailleurs ne leur donnent pas plus de droits, mais seulement plus de devoirs... De même, il existe actuellement, que les causes en soient biologiques ou historiques, des différences de niveau, de puissance et de valeur entre les différentes cultures. Tête du recteur ! Et Isidore Ducasse, comte de Lautréamont ! Comme M. Caillois il s’en prend à Michel Leiris et Levi-Strauss. Signe que l’intrépide classe qui monta jadis à l’assaut des Bastilles a les jarrets coupés. ». _____ AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS sur le COLONIALISME, en 1950. extraits choisis tirés de éd. Discours sur le colonialisme Aimé CESAIRE Discours sur LE COLONIALISME Première publication éditions Reclame Quatrième édition. Passant plus outre, je ne fais point mystère de penser qu’à l’heure actuelle, la barbarie de l’Europe occidentale est incroyablement haute, surpassée par une seule, de très loin, il est vrai, l’américaine. Le discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire lu para Antoine Vitez au Festival d'Avignon 1989. Avec lui les nègres sont sûrs de n’être pas lynchés, les juifs de ne pas alimenter de nouveaux bûchers. Dans le Cahier d’un retour au pays natal, Césaire définit le mot « négritude » et parle de racisme tout comme dans Discours sur le colonialisme. Quoi donc, sinon la charge du monde ? Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. En soi cela n’est pas grave. Le résultat, c’est du Mannoni. « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. L’Europe est indéfendable. Les Gaulois détruits se changeaient en Bagaudes. Pour ma part, je cherche vainement où j’ai pu tenir de pareils discours ; où l’on m’a vu sous-estimer l’importance de l’Europe dans l’histoire de la pensée humaine ; où l’on m’a entendu prêcher un quelconque retour ; où l’on m’a vu prétendre qu’il pouvait y avoir retour. Aimé Césaire, poète et homme politique, est l'un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude. Et nous lisons ensemble :« Civilisés jusqu’à la moelle des os ! Par ailleurs, jugeant l’action colonisatrice, j’ai ajouté que l’Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir ; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n’a tendu à rien de moins qu’à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu’ils avaient de plus pernicieux. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, sous la direction de Costantini Dino. Ce n’est pas que je surestime a quelque degré que ce soit la valeur intrinsèque de sa « philosophie » (on aura pu juger du sérieux d’une pensée qui, tout en se revendiquant de l’esprit de rigueur, sacrifie si complaisamment aux préjugés et barbote avec une telle volupté dans le lieu commun), mais elle méritait d’être signalée, parce que significative. En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires.